|
« Toutes les personnes qui ont des incapacités intellectuelles ont du mal à utiliser l'argent. Pas seulement durant l'enfance... Je me souviens d'un soir où je visitais une classe d'adultes... »
« La leçon se déroulait conformément à ce qui se fait habituellement; c'est-à-dire qu'on commence par identifier les petites pièces de monnaie, puis ensuite, on passe à l'apprentissage des combinaisons entre ces pièces. À la fin de la leçon, je me suis approché de l'étudiant qui semblait le plus habile à maîtriser ces combinaisons. Je dépose sur son bureau deux pièces de cinq sous, un dix sous, et lui demande : "De quel côté est-ce qu'il y a le plus d'argent? Est-ce qu'il y en a plus ici? Est-ce qu'il y en a plus là? Ou si c'est pareil?" Il me répond : "Cinq sous... Cinq sous... Ça fait dix sous. Et dix sous." Je lui dis : "Bravo! Je te donne le côté que tu veux, c'est un cadeau. Qu'est ce que tu choisis?" Il prend les deux pièces de cinq sous... Je lui demande : "Pourquoi est-ce que tu prends ce côté-là?" Et il me répond : "Il y en a plus!" »
« Cette histoire n'a rien d'exceptionnel. Tous les enseignants veulent aider ces personnes à devenir autonomes et donc leur enseigner à utiliser l'argent. Et pour que ça ne soit pas trop compliqué, on commence par des choses très simples. Et c'est l'échec malgré tout; l'échec de l'étudiant qui ne comprend vraiment pas comment deux grosses pièces peuvent égaler une petite, et l'échec de l'enseignant, qui lui, ne sait vraiment plus comment s'y prendre. Ces échecs ont des conséquences dramatiques. Ces personnes arrivent à l'âge adulte avec très peu d'habiletés, elles ne savent pas utiliser l'argent et donc, on ne leur en confie pas. Et on fait les achats à leur place, ce qui réduit d'autant leur autonomie à décider de ce qu'elles veulent faire. Pour éviter ces échecs, il faudrait d'abord avoir en tête que ce qui est important, c'est de savoir payer. Or, ces petites pièces-là n'ont aucune valeur commerciale ou à peu près pas. Changeons de stratégie! »
- Jacques Langevin |